Trois Cents Éventails
Le Président se tourne vers un homme âgé, vêtu avec une sobriété parfaite, assis un peu à l’écart.
Nous avons ce soir un invité venu de Kyōto. Fujimoto-san fabrique les éventails de nos joueurs depuis quarante ans.
L’homme se lève avec lenteur et s’incline profondément.
Je vous remercie, Président, de m’avoir invité. Je ne suis pas des vôtres. Je ne suis qu’un artisan. Autrefois, le dix-septième jour du onzième mois, les maîtres jouaient au château d’Edo devant le shōgun, et c’est déjà chez nous qu’on faisait leurs éventails. Alors permettez-moi, ce soir, de rendre hommage à votre Président.
Le 17 novembre dernier, pour le Jour du Shōgi, votre association m’avait commandé trois cents éventails blancs. Je les ai apportés moi-même. À Ōsaka, tout le monde parle fort, tout le monde rit, il y a des enfants partout. C’était très… vivant.
Ici, on dit que l’éventail porte bonheur, parce qu’il s’élargit en s’ouvrant. Chez nous, on dit surtout qu’il sert à cacher son visage.
Quelques sourires dans la salle.
Le Président s’était installé à une petite table, avec son pinceau. Pour chaque personne, il écrivait un caractère, choisi pour elle. En cursive, d’un seul geste. La file a duré toute la journée. Le Président ne disait jamais le mot. Il souriait, et il tendait l’éventail.
Ensuite, ils venaient à mon stand, juste à côté, acheter un étui. Et comme presque personne ne sait lire la cursive, ils me montraient leur éventail, et ils me demandaient. Une dame : C’est bien “Patience”, n’est-ce pas ?
Elle avait les larmes aux yeux. Un lycéen : “Courage” ?
Un vieil homme : “Pardon” ?
Il avait déjà remercié le Président trois fois.
À chacun, j’ai répondu que c’était très beau.
Moi, la cursive, je la lis depuis quarante ans.
À la fin de la journée, le Président m’en a écrit un, à moi aussi. Je n’ai jamais vu une main pareille.
Il marque un temps.
J’y ai lu Patience
. Comme la dame.