Cent Histoires de la Région du Kansai

La Princesse Bleue

Le Dix-huitième Coup

Le Président ne consulte pas sa liste. Il n’a pas quitté Haruo des yeux.

Restons au sentō de Tengachaya, Haruo-san. Vous m’aviez confié y avoir découvert quelque chose.

Un temps.

Nous vous écoutons.

Haruo se lève. Il déplie un papier, le regarde longuement, puis le replie.

Oui, Président. J’avais préparé… je vais essayer.

Ceux d’entre vous qui me connaissent le savent, moi c’est au sentō que je travaille mes kata. J’y vais pour ainsi dire tous les soirs, après le travail. Plutôt le robinet du fond. Et je ferme les yeux.

Lorsque je suis calme, je peux voir le plateau, les pièces, et je refais les kata dans l’ordre, en silence, au rythme de ma respiration, et de l’eau. Je commence par ceux du dimanche. Je peux en faire une dizaine par soir, lorsque je suis en forme. Cet exercice me fait du bien.

Il reprend son souffle.

Il y a trois semaines, j’étais au trente-sixième kata. Le dix-huitième coup, celui où l’argent monte sur l’aile roi. Je le connais par cœur. Et un homme, au robinet d’à côté…

Il s’arrête. Il regarde le papier dans sa main, sans le déplier.

Enfin. Une voix. Je veux dire… Tour en e3. Il y a beaucoup de vapeur, là-bas. On ne voit pas toujours qui est là, qui n’est pas là. C’est juste une voix.

Un temps.

Ce soir-là, lorsque j’ai regagné mon appartement, j’ai voulu analyser ce coup dans mon moteur. Eh bien, après une demi-heure, son évaluation le plaçait en tête !

Il redresse un peu la tête.

C’est cela que je voulais partager avec vous tous.