Dans le sentō près du parc de Tengachaya, il y a une règle tacite : on se lave vite, on parle peu, et chacun garde ses pensées pour soi. Pourtant, les soirs d’été, quand la chaleur est insupportable et que la vapeur colle à la peau, certains hommes se mettent à discuter plus longuement que d’ordinaire.
Je m’assieds souvent près des anciens. Ils parlent d’argent, du prix des légumes, des allocations, de la retraite qui ne suffit pas. Leurs voix résonnent dans la salle carrelée, se mêlant aux éclaboussures.
Un soir, il y avait cet homme, la cinquantaine, maigre. Son visage ne m’était pas inconnu — un de ces visages qu’on croise autour du parc. Il a lâché :
Ici, au moins, on est tous égaux. Nus, dans la même eau. Pas de hiérarchie, pas de patron.
Personne n’a réagi. Juste le bruit de l’eau.
Je cherchais quoi lui répondre. Quelque chose de poli, sans plus.
Le narrateur marque une courte pause. Son regard glisse vers l’un des membres assis dans la salle, puis revient à la flamme de sa bougie.
Quand j’ai enfin trouvé mes mots… sa place était vide.
Je me suis levé à mon tour, et je suis parti.
Un silence lourd s’installe.