Cent Histoires de la Région du Kansai

La Princesse Bleue

La Main Inconnue

Le Président s’arrête sur une femme aux cheveux noués bas, en chemisier gris.

Mariko-san.

Je travaille à la bibliothèque préfectorale de Nakanoshima. Au catalogage. Vous savez, je n’y connaissais rien du tout, à l’ōgi. C’est venu par hasard.

On m’a confié le fonds des jeux traditionnels parce que personne n’en voulait. Les fiches étaient encore tapées à la machine. J’ouvrais les livres pour les recoter, c’est tout.

Et puis un jour, dans la marge d’un manuel, une remarque. Une écriture soignée, à l’encre. Je n’y ai pas fait attention. C’est en rouvrant un autre livre, plus tard, que je l’ai retrouvée. La même écriture.

Sur dix-sept ouvrages au moins, j’ai fini par dresser la liste. À l’encre, et au crayon dans les livres précieux — comme si la personne avait eu peur de les abîmer. Des notes techniques, des renvois d’un traité à l’autre. Et parfois, une phrase qui n’avait rien à voir avec le jeu. Une remarque sur la pluie. Une citation. Un nom de fleur, une fois.

Sa voix se fait plus douce.

Cette phrase sur la pluie, elle m’a touchée. Quand on écrit ça en marge d’un manuel d’ōgi, c’est qu’on s’adresse à quelqu’un. Sans le savoir, c’est à moi qu’il parlait. Ou elle, je ne sais pas. Je n’ai jamais su.

J’ai mis six mois à comprendre que cette personne m’apprenait. Je lisais ses notes avant le texte. Je suivais les renvois d’un livre à l’autre. Le soir, à mon bureau, j’avais posé un petit plateau magnétique. Je rejouais les variantes proposées. C’était comme s’il y avait quelqu’un en face.

C’est comme ça que je suis tombée amoureuse.

Elle baisse les yeux un instant.

De ce jeu.

Bref. J’ai voulu savoir qui c’était. C’est ridicule, je le sais.

J’ai dépouillé le registre des consultations pendant des mois, et cherché pendant des années. Je n’ai pas encore trouvé.

Elle lève les yeux en souriant. Son regard parcourt l’assemblée, lentement, sans s’arrêter sur personne. Puis elle souffle la flamme.